Chère coach

Bonjour,

J’ai 33 ans et je souffre de compulsions alimentaires et d’hyperphagie depuis une quinzaine d’années. Ça fait de nombreuses années que j’ai compris le mécanisme qui se jouait derrière me compulsions : je mange au lieu de ressentir mes émotions difficiles. Le problème a pris beaucoup moins d’importance dans ma vie grâce à une thérapie, à la découverte de mes émotions et de la méditation, mais il n’a jamais tout à fait disparu et il m’arrive encore régulièrement des « crises » durant lesquelles j’ingère de grandes quantités de nourritures en peu de temps. Je considérais ça comme pas si grave, la fréquence était devenue suffisamment faible pour que ça ait peu d’impact sur ma vie, je m’étais résignée à ce que le problème ne disparaisse jamais tout à fait.
De plus, grâce au programme CMV, j’ai découvert que la majorité de ces crises n’étaient en fait générées non plus par une émotion, mais par la résistance : résistance à la pensée d’envie de manger, ou résistance à l’émotion que je ressens qui me donne envie de manger. Comprendre ça a été un grand soulagement pour moi et m’a beaucoup aidée. J’ai aussi développé quelques pensées intentionnelles qui m’ont beaucoup aidée du type « l’envie de manger, c’est juste une pensée et une pensée, ça passe », ou « au fond ce dont j’ai envie, ce n’est pas de manger mais de passer un bon moment, et je peux passer un bon moment autrement qu’en mangeant » ou « l’envie de manger n’est pas un problème à résoudre mais une émotion à accueillir » (merci Clotilde pour celle-là :-)).
Ça a fonctionné pendant un temps, ce qui m’a emplie de joie et de gratitude. Mais depuis trois semaines, j’ai des crises chaque soir, ce qui ne m’était pas arrivé depuis des années. Je n’arrive absolument plus à le gérer. Les pensées intentionnelles ne fonctionnent plus et je n’en trouve pas d’autre. Je n’arrive même pas à faire pause ne fut-ce qu’une seconde entre l’envie et le fait de manger. Je me sens désespérée.

J’ai fait les modèles par défaut suivants :

C : Je remarque que je ressens une envie de manger très intense.
P : Vite manger, surtout ne pas faire l’effort de m’interrompre pour identifier l’émotion et la ressentir, ça fait trop mal, c’est trop d’effort, de toute façon c’est inefficace, vite manger sans me laisser le temps ou la possibilité de me reprendre et de ne pas manger.
E : Panique
A : Je mange
R : Je m’éloigne de ma vision « vitalité », je maltraite mon corps et me crée des problèmes de santé, je grossis.

C : Je remarque que je ressens une envie de manger très intense.
P : Ça fait quinze ans que j’apprends/travaille/fais des exercices/fais des efforts/essaie de nouvelles techniques et j’en suis toujours au même point, à quoi bon encore essayer et faire des efforts, ce problème fera partie de ma vie pour toujours.
E : Désespérée
A : Je mange
R : Je m’éloigne de ma vision « vitalité », je maltraite mon corps et me crée des problèmes de santé, je grossis.

C : Je remarque que je ressens une envie de manger très intense.
P : Ne pas manger, c’est faire un très gros effort, je suis fatiguée de faire des efforts sans résultat depuis quinze ans.
E : Découragée
A : Je mange
R : Je m’éloigne de ma vision « vitalité », je maltraite mon corps et me crée des problèmes de santé, je grossis.

Je remarque aussi que je vois tout ce que je fais pour ne pas manger comme des efforts et des contraintes, ce qui n’est sûrement pas le bon carburant émotionnel, mais je ne vois vraiment pas quelle pensée pourrait m’amener à un modèle intentionnel du type :
C : Je remarque que je ressens une envie de manger très intense.
P : ?
E : Sérénité (ou au moins neutralité) (et pourquoi pas un jour de la joie ou de la gratitude pour ces envies de manger qui sont un signal précieux que quelque chose ne va pas… mais j’en suis très loin !)

Au contraire, comme je ne crois plus en la possibilité de devenir capable de ne pas manger, dès que l’envie se pointe, je panique… Pourriez-vous m’aider ? Merci beaucoup !

Réponse

Bonjour,

Bravo d’avoir mis ces modèles au jour car vous avez déjà fait un pas de côté par rapport à ce qui s’est passé pour vous et c’est très précieux !

Vous remarquez que pour le moment vous ne croyez plus en la possibilité de devenir capable de ne pas manger dès que l’envie se pointe. Je vous invite à poser ce modèle par défaut :

C : Ma relation avec la nourriture. Depuis 3 semaines. Je mange quand je ressens l’envie de manger.
P : Je ne crois plus en la possibilité de devenir capable de ne pas manger dès que l’envie se pointe
E :
A :
R :

Pourquoi pensez-vous cela maintenant ? Et si il y avait une autre manière de regarder les faits (depuis 3 semaines je mange quand je ressens l’envie de manger) ? Quelle pourrait être cette autre manière de voir les faits qui serait utile pour vous ? Que pense votre future-vous, celle qui a une relation de sérénité avec la nourriture (et qui a dépassé cette période), de ces 3 semaines ?

Pourquoi pensez-vous que c’est un effort maintenant ? Quel message pensez-vous que « ces crises » ont à vous transmettre ? De quoi avez-vous besoin en ce moment ? Comment pourriez-vous vous l’apporter ?

Il est toujours plus compliqué de créer de la sérénité quand les émotions de nos modèles par défaut n’ont pas été accueillies et quand on n’a pas identifié ce dont on a besoin et ce qui se joue pour nous (dans nos modèles par défaut).